Faut il peindre le placo avant de carreler ?

Lorsque l’on s’attaque à la rénovation d’une salle de bain ou d’une cuisine, la préparation des murs est une étape que beaucoup bricoleurs amateurs négligent. Une question revient systématiquement sur les forums d’entraide et lors des discussions en magasin de bricolage : faut-il appliquer de la peinture sur des plaques de plâtre, communément appelées Placo, avant de poser du carrelage ? La réponse courte est non, mais la réalité technique est plus nuancée. Appliquer le mauvais produit peut compromettre l’adhérence de vos carreaux, tandis que ne rien mettre du tout est tout aussi risqué. Voici ce qu’il faut savoir pour éviter que votre carrelage ne sonne creux ou ne se décolle après quelques mois.

Pourquoi la peinture classique est votre ennemie

 

Il existe une confusion fréquente entre la peinture de finition et la préparation du support. Appliquer une peinture murale standard, qu’elle soit acrylique ou glycéro, avant de carreler est une faute technique majeure.

Le principe du carrelage repose sur l’adhérence mécanique et chimique du mortier-colle. Pour que cette colle prenne, elle a besoin d’un support qui présente une certaine porosité ou rugosité. Or, une peinture classique, surtout si elle est satinée, brillante ou laquée, crée un film lisse et hermétique.

Si vous tentez de coller des carreaux, souvent lourds (surtout s’il s’agit de grès cérame de grand format), sur une couche de peinture lisse, la colle n’accrochera pas au carton du BA13. Elle sèchera simplement sur la pellicule de peinture. Avec le poids et les variations de température, le risque de décollement complet est très élevé. Le carrelage pourrait littéralement glisser du mur, entraînant avec lui la couche de peinture.

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La nuance capitale : l’importance du primaire d’accrochage

 

Si la peinture est interdite, laisser le Placo brut n’est pas la solution idéale non plus. Le plâtre et le carton qui recouvrent les plaques sont des matériaux extrêmement poreux. On dit qu’ils sont « buvards ».

Si vous appliquez votre mortier-colle directement sur du placo brut, le support va aspirer l’eau contenue dans la colle à une vitesse grand V. C’est ce qu’on appelle le phénomène de « grillage » de la colle. Privée de son eau, la colle ne fait plus sa prise chimique correctement : elle se transforme en poudre friable sous le carreau. L’adhérence devient alors quasi nulle.

C’est ici qu’intervient le produit miracle, souvent confondu avec de la peinture blanche : le primaire d’accrochage ou sous-couche.

Il ne s’agit pas de peindre pour faire joli, mais de saturer le support pour bloquer le fond. Ce produit, généralement plus liquide qu’une peinture, va pénétrer le carton et réguler sa porosité. Il permet à la colle de sécher à son rythme normal, garantissant une solidité à toute épreuve.

Cas particulier : les zones humides et la douche

 

Dans une douche ou au-dessus d’une baignoire, un simple primaire ne suffit pas, même si vous avez utilisé du Placo hydrofuge (les plaques vertes). L’humidité finit toujours par traverser les joints de carrelage.

Dans ces zones, la réglementation (DTU) impose l’application d’un SPEC (Système de Protection à l’Eau sous Carrelage). Cela se présente souvent sous la forme d’une pâte colorée (souvent jaune ou bleue) qui forme une membrane étanche caoutchouteuse en séchant. C’est la seule garantie durable contre les infiltrations d’eau qui pourraient pourrir le placo derrière vos carreaux.

Que faire si le mur est déjà peint ?

 

Vous rénovez une pièce ancienne et les murs en placo sont déjà peints ? Pas de panique, il n’est pas toujours nécessaire de tout casser, mais une préparation rigoureuse s’impose avant de carreler.

La première étape est de vérifier la solidité de la peinture. Effectuez le test du quadrillage : rayez la peinture avec un cutter en formant des petits carrés, puis collez un ruban adhésif fort dessus. Si la peinture vient avec le scotch, elle n’est pas adhérente : il faudra la décaper ou poncer jusqu’au support brut.

Si la peinture tient bon, elle est probablement trop lisse. Vous devrez alors griffer le support à l’aide de papier de verre à gros grain (grain 40 ou 80) pour créer des micro-rayures qui permettront à la colle d’adhérer. Enfin, l’application d’un primaire d’interposition spécifique pour supports lisses est vivement recommandée pour sécuriser l’ouvrage.

📌 En résumé : les étapes pour un carrelage qui dure

Pour garantir la pérennité de vos travaux de carrelage sur du placo, oubliez la peinture décorative et suivez ce protocole strict :

  1. Assurez-vous que le support est sec et propre. Dépoussiérez soigneusement les plaques de plâtre avec un chiffon humide.
  2. Appliquez systématiquement une couche de primaire d’accrochage universel ou spécial plaques de plâtre.
  3. Dans les zones de projection d’eau (douche), remplacez le primaire par un système d’étanchéité sous carrelage (SPEC).
  4. Respectez scrupuleusement le temps de séchage indiqué par le fabricant avant d’encoller.

En respectant ces règles, vous assurez une liaison parfaite entre votre mur et vos carreaux, évitant ainsi les désagréments coûteux d’une rénovation ratée.